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L'HISTOIRE DE LA RUSSIE
Au Ve siècle, époque des grandes migrations, une peuplade de laboureurs venue d'orient commence à simposer dans la plaine russe. Pendant plusieurs siècles, les slaves se heurtent à de nombreuses peuplades.
Au IXe siècle (lépoque de Charlemagne), les vikings (que les slaves appellent varègues) pénètrent en Russie par les fleuves et ouvrent une route commerciale entre la mer Baltique et la mer Noire. Ce sont les slaves eux même qui, peu disposés à sorganiser pour faire face aux incursions des nomades turcs, auraient fait appel aux varègues. Le prince varègue Riourik en profite pour sinstaller à Novgorod et fonde la première dynastie russe. Les slaves ont désormais un état appelé Rus, et en 882, Kiev en devient la capitale.
Létat de Kiev prospère dans un esprit douverture au monde et de justice : la fameuse charte appelée Pravda (vérité) régit les rapports sociaux. Le Vetché, institution élaborée qui se réunit sur la place du marché, tient lieu d'assemblée citoyenne à la façon de celle d'Athènes. Avec cependant les mêmes limites, telles que l'esclavage, Kiev vendant à Byzance un grand nombre d'oenuques blancs. Dans ce contexte, la christianisation de la Russie s'effectue au Xe siècle.
La personnalité la plus éclairée de l'âge d'or kiévien fut sans conteste Yaroslav le Sage, érudit et grand législateur, qui régna de 1019 à 1054. Promoteur des alliances dynastiques, il maria sa fille Anne de Kiev avec le capétien Henri I. Sous son règne, le rayonnement culturel et politique de Kiev fut très important.
Au XIIe siècle, des querelles intestines affaiblissent létat Rus et sa capitale. En 1236, la horde turco-mongole de Batu Gengis déferle des steppes dAsie centrale et franchit lOural. Cest la fin de létat de Kiev et la Russie, sous la domination de la horde d'Or, reste isolée du reste du monde pendant deux siècles.
En 1380, Dimitri Donskoï, grand prince de Moscou, inflige une écrasant défaite à la Horde dOr. Mais il faudra attendre encore cent ans pour voir Ivan III, prince de Moscou lui aussi, briser lallégence. Il entre dans lhistoire comme le vainqueur de la Horde dOr et comme le grand fédérateur des terres russes, autour de Moscou.
La Russie entre dans l'ère féodale, fondée sur le servage. Le long règne (1533-1584) dIvan IV, dit Ivan le terrible, est marqué par un régime de terreur. Il sattribue le titre de tsar et devient donc le premier tsar de Russie. En attendant de régner, il a été le témoin des intrigues et des cruautés du Kremlin, ce qui ne sera pas étranger à ses névroses futures. Il va s'orienter vers un exercice paranoïaque et solitaire du pouvoir, faisant preuve d'une cruauté qui marquera profondément le peuple russe. C'est un tournant capital dans l'histoire de la Russie, car les murs politiques basculent vers l'autoritarisme.
Les frontières du pays sont consolidées. Recrutés parmi les populations semi-nomades de la Russie méridionales, les cosaques franchissent lOural et vont entreprendre la conquête de la Sibérie.
En 1689, une forte personnalité arrive au pouvoir, Pierre Ier, dit Pierre le Grand. Il bâtit une ville nouvelle au nord : Saint Petersbourg, sur les bords de la Baltique. Il sy installe, en fait la capitale et fait de son royaume un empire. Dès lors, les tsars porteront aussi le nom dempereur. Pierre le Grand développe pendant son règne un état hiérarchisé qui tend à suplanter la noblesse traditionnelle.
Mais l'autocratie reviendra en force quelques années après sa mort (1725) et le XVIIIe siècle voit l'aggravation du servage. Catherine II, dite la Grande, règne de 1762 à 1796 et cultive son image de despote éclairée. Les serfs constituent 50% de la population. Ils sont exclus des réformes, lesquelles favorisent les nobles. Vers 1767, Catherine écrit : "les serfs ne manqueront pas, tôt ou tard, de se révolter", et elle avait raison, puisque de 1773 à 1774 éclata la révolte menée par Pougatchev..
Les troupes de Napoléon Ier entrent en Russie en 1812, sous le règne du tsar Alexandre Ier. Une incursion bien malheureuse puisqu'en 1814 l'armée russe est à Paris ...
Au cours du XIXe siècle, le décalage grandit entre le pouvoir autocratique et le peuple qui a soif de liberté. Même les élites bougent comme l'illustre le soulèvement décembriste de 1825 aux visées constitutionnalistes. En 1861, l'abolition du servage par Alexandre II (1855-1881) apporte un ballon d'oxygène à une Russie étouffée par le régime bureaucratique et d'oppression morale instauré par ses prédécesseurs. De plus, il met en place des assemblées territoriales élus, les zemstvos (dont Alexandre Soljenitsyne demande aujourd'hui la restauration).
Mais l'abolition du servage est venue trop tard. Les manifestations de violence se multiplient, et la première révolution 1905-1907 éclate.
La révolution d'octobre 1917aura raison du dernier Tsar Nicolas II qui abdique le 3 mars. Le mouvement bolchevik conduit par Lénine engage alors une guerre civile dévastatrice pour installer la société collectiviste. En décembre 1922, lUnion soviétique est fondée sur les ruines de lempire exsangue. Le peuple russe retombe sous le jou d'un nouveau pouvoir autocratique ...
En 1924, Staline succède à Lénine, et poursuit la politique de collectivisation. Elle seffectue dans un climat de dictature, sous la menace de déportation dans les Goulags. Résultat : des indices économiques impressionnants au plan quantitatif dans un pays qui sisole du reste du monde.
En 1941, sous la menace des troupes nazies, lURSS sengage dans une guerre meurtrière, dont elle sortira vainqueur grâce à lhéroïsme du peuple russe.
Viennent alors 40 ans de stagnation dans un pays paralysé par le monopartisme et le dirigisme administratif.
La perestroïka (reconstruction) mise en place par Mikhaïl Gorbatchev en 1985 précipitera leffondrement du régime communiste. Mais si la Perestroïka apporte un vent de liberté et de réformes sur le pays, elle n'améliore pas la situation économique. En 1991, Gorbatchev démissionne devant la dissolution de lURSS initié par Boris Eltsine, lequel est élu président de la fédération de Russie au suffrage universel. Depuis plus de mille ans d'existence de la Russie, ce sont les premières élections libres.
L'HISTOIRE DE LA SIBERIE
Deux mouvements contraires : le départ pendant les grandes migrations, puis la reconquête par les Russes.
Les traces les plus anciennes de présence humaine en Sibérie datent d'environ 25 000 ans. Mais certains archéologues voient beaucoup plus loin, ceci reste à prouver. On sait en tout cas que la Sibérie fut le berceau de plusieurs peuples (la Margiana ou Merv) qui depuis le IVe siècle av. J.C. et pendant plusieurs siècles se répandirent en Europe. Un mouvement contraire s'amorce au XVIIe puisque ce sont les cosaques qui, à la solde de l'empire russe, partirent à la conquête de la Sibérie. Les autochtones peu nombreux : Bouriates, Evenks, Yakoutes et quelques autres petites tribus toutes adeptes du chamanisme, vivant de la chasse et de la pêche, n'opposèrent guère de résistance aux cosaques. Au XVIIIe siècle, les russes commencent alors à s'installer vraiment en Sibérie, batissent des villes. Cependant, la population reste essentiellement rurale (commerce des fourrures, agriculture). Le véritable essor de la Sibérie s'effectue au XIXe siècle avec l'exploitation des mines d'or et un important développement industriel. Puis la construction du transibérien de 1891à 1908 permit un nouvel essor du pays. Mais ce n'est qu'au XXe siècle qu'on découvrit son gigantesque potentiel en ressources naturelles.
Une terre d'exil
D'abord, le cas particulier des cosaques, pionniers volontaires. Il faut savoir qu'ils échappaient ainsi légalement à la servitude. Ensuite, le principal instrument de la colonisation de la Sibérie fut l'exil, dont furent victimes brigands, vieux-croyants (opposés au schisme de l'église orthodoxe russe), révoltés contre le système autocratique, serfs désobéïssants. Ce sont eux qui vont construire les routes et mettre en valeur les terres fertiles. Même Lénine y fut déporté quelques années (1897-1900). Puis sous Staline, la tradition se perpétue avec les tragiques déportations dans les Goulags pour étouffer la dissidence et combler le manque de main d'oeuvre.